Ona Colombo Báez, 13 ans et déjà pionnière du cross
Née au Brésil, formée au Sénégal : une trajectoire hors du commun
Ona Colombo Báez a 13 ans, la nationalité espagnole et une histoire qui ne ressemble à celle de personne. Née au Brésil, elle vit au Sénégal depuis 2017, dans le quartier de Ngor à Dakar, là où les routes longent l’océan et où les week-ends sentent le sable et le carburant. C’est dans ce cadre singulier, loin des structures sportives européennes, qu’elle a construit sa passion pour le motocross, une discipline exigeante qu’elle pratique depuis l’âge de 6 ans.

Élève de 5ème au lycée Mermoz de Dakar, Ona jongle entre les cours en semaine et les circuits le week-end avec une simplicité déconcertante. « La moto, je la conduis le week-end, donc ce n’est pas compliqué pour les devoirs », dit-elle avec ce naturel propre aux gens qui ont appris à ne jamais se mettre des bâtons dans les roues. En dehors du motocross, elle joue au football, bat la batterie, gratte la guitare et affectionne les activités manuelles. Une ado comme les autres, qui monte simplement sur une moto de cross le dimanche.
Alain Verpoest, le guide qui a tout changé
Tout commence à la base militaire française de Dakar, au sein du club Kids Motocross fondé par Cyrile et Sandra. C’est là qu’Ona monte pour la première fois sur une moto, guidée par Alain Verpoest, un ami de la famille dont elle garde la mémoire avec une émotion palpable. « Sans lui, je ne serais pas là », confie-t-elle simplement.

La première fois, elle est stressée, mal à l’aise dans la position, dans un âge où même le vélo demande encore des efforts. Mais la passion de son père, qui roule chaque week-end entre Dakar et Kayar avec ses amis, et la présence d’une vieille Ossa 250 deux temps de 1974 dans le garage familial à Barcelone, qu’elle rêve de conduire un jour, ont planté des graines profondes. Pendant quatre ans, l’équipe du club Kids Motocross l’accompagne, forme des dizaines d’enfants, et plus encore des filles, dans un environnement où la moto reste largement un univers masculin.
Troisième en minimes, deuxième au cœur
Cette saison 2025-2026, Ona dispute le championnat de motocross du Sénégal dans la catégorie minimes, où elle pointe à la troisième place. Elle est l’une des deux seules filles engagées dans cette compétition, l’autre étant Awa, avec qui elle partage cette fierté discrète mais bien réelle d’exister dans un paddock qui ne leur était pas destiné.

L’an dernier, elle avait intégré le championnat en cours de route, pour les trois dernières manches. Cette année, elle a fait le plein de courses, avec comme meilleur résultat une deuxième place. Mais c’est à Sébikotane, lors de la première manche de la saison, qu’elle a vécu son moment le plus marquant. Ce circuit l’avait envoyée à l’ambulance l’année précédente après une chute. Y revenir, y rouler et y terminer la course : une victoire personnelle que ne reflète aucun classement.
Sa moto, une 110 cc 4 temps sans démarreur électrique, est trop grande et trop lourde pour sa taille, elle le sait et le dit sans se plaindre. Elle travaille avec ce qu’elle a, fait des pompes et du gainage en semaine, joue au foot pour le cardio, et regarde ses virages sableux avec la lucidité de quelqu’un qui veut progresser.
Sur la piste, le genre n’a pas de gaz à donner
Être l’une des rares filles dans un championnat de motocross n’est pas un poids pour Ona, c’est une responsabilité qu’elle porte avec légèreté. « Quand on est sur la moto, peu importe le genre… le gaz, le freinage et la position sont les choses les plus importantes », résume-t-elle avec une clarté qui en dit long sur sa maturité.

Elle cite Laia Sanz comme référence, la pilote espagnole, treize fois participante au Rallye Dakar et icône du tout-terrain féminin, non pas comme un rêve inaccessible, mais comme une preuve que ça existe. Que les femmes peuvent aller vite, loin, longtemps. Ona espère que son parcours donnera envie à d’autres filles de tenter l’aventure. Elle connaît les obstacles : le coût d’une moto, les week-ends mobilisés, la rareté des structures d’accueil. Mais elle croit au potentiel. « Le Sénégal a du potentiel ! », dit-elle avec l’enthousiasme de quelqu’un qui a été formée ici et qui sait ce que ce pays peut donner.
Le monde change sur une moto

Ona Colombo Báez a 13 ans, elle est troisième au championnat, elle a peur parfois, elle tombe, elle recommence, elle applaudit ses adversaires quand elle ne monte pas sur le podium, et elle mange du mafé chez sa voisine après l’effort. Son mot sur la piste ? « Prudente. » Sa définition du succès ? « Participer, s’amuser et, si possible… être première. »
Et son message aux lectrices et lecteurs d’Automotosen ? Il est bref, sincère, et sonne comme un départ de course :
« Roulez, peu importe avec quelle moto et à quel moment. Soyez prudents, mettez vos protections et partez rouler… le monde change sur une moto ! »